La nouvelle réalité de la défense — Sécurité nationale et défense au-delà de la guerre

La sénatrice Mobina Jaffer représente la Colombie-Britannique. Elle est présidente du Sous comité des anciens combattants, vice-présidente du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, de même que présidente du Sous comité sur la diversité.
Sénatrice Mobina Jaffer

La façon de défendre le Canada doit évoluer pour répondre à la nature changeante des conflits du XXIe siècle.

Depuis avril 2016, le gouvernement fédéral organise des consultations sur le renouvellement de la politique de défense du Canada. En tant que vice‑présidente du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense, j’ai eu l’occasion d’entendre les témoignages d’experts sur la direction que devrait prendre la politique en matière de défense.

Ce qui en est ressorti est que la défense du Canada signifie maintenant bien plus que la simple protection du pays contre les menaces armées.

Parmi nos plus grandes vulnérabilités des années à venir, mentionnons les secteurs des satellites et des cybersystèmes. L’histoire nous a déjà montré à quel point nous dépendons de ces systèmes.

En 2011, une panne d’un seul satellite, Anik F2, a littéralement suspendu la vie au Nunavut alors que le territoire au complet a perdu l’accès à ses télécommunications. Les vols ont dû être annulés, les communications ont été coupées et de nombreuses personnes ont dû attendre plus d’une journée pour que les systèmes perdus puissent être remis en marche.

C’est là un aperçu des dommages que nous pourrions subir si un ennemi compromettait nos systèmes. Les télécommunications, l’Internet, les réseaux énergétiques, les systèmes de vols et nos capacités en matière de renseignement dépendent tous des cybersystèmes et des satellites. En y perdant accès, le Canada serait sans défense.

Avec des enjeux aussi importants, nous devons concevoir que les satellites et les cybersystèmes sont essentiels à notre sécurité nationale.

Cela dit, les défis du Canada en matière de défense ne se limitent pas aux menaces externes. En réalité, l’un des plus grands défis auxquels le pays est confronté se trouve dans les rangs des Forces armées canadiennes (FAC) : le problème persistant de l’inconduite sexuelle.

Selon Statistique Canada, en 2016, 960 membres à temps complet, soit 2 % des Forces armées canadiennes, ont déclaré avoir subi une agression sexuelle. Dans les faits, 27,3 % de toutes les femmes membres des FAC ont déclaré avoir subi une agression sexuelle au moins une fois durant leur carrière.

C’est une situation inacceptable qui ne fera que nuire aux Forces armées canadiennes si elle perdure. Lorsque des membres des FAC ne se sentent pas en sécurité dans leur milieu de travail, c’est toute l’organisation qui en souffre. En effet, le harcèlement sexuel nuit au moral des troupes, au recrutement et au maintien en poste.

La composition de notre armée reflète également ce problème : le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, a déclaré qu’il souhaiterait que les FAC soient constituées de 25 % de femmes. À l’heure actuelle, ce taux est seulement de 14,5 %.

Certains progrès ont néanmoins été accomplis. En août 2015, les FAC ont lancé l’Opération honneur, un programme complet pour éliminer l’inconduite sexuelle. Cette opération a entraîné la création de matériel de formation, de campagnes de sensibilisation et de divers programmes pour vaincre l’inconduite sexuelle.

Cependant, bon nombre des initiatives en sont encore à leurs premières étapes, et l’Opération Honneur elle-même connaît des progrès plutôt lents. Si les Forces armées canadiennes veulent sérieusement lutter contre le problème, elles doivent prendre les mesures nécessaires pour appuyer l’Opération Honneur et accélérer sa mise en œuvre.

D’autre part, les Forces armées canadiennes ne réussissent pas à attirer notre population diversifiée dans ses rangs. Nous sommes loin des objectifs de représentation de 11,8 % de minorités visibles et de 3,4 % de peuples autochtones. À l’heure actuelle, les minorités visibles ne représentent que 6,5 % des FAC et les peuples autochtones, 2,5 %.

En n’arrivant pas à représenter adéquatement la diversité de notre population au sein des FAC, nous empêchons notre armée de profiter de toute la gamme des compétences des Canadiens.  Malgré la situation actuelle, les FAC ne possèdent pas de plan pour recruter davantage de candidats de tous les groupes de la population.

Aucun de ces enjeux n’est directement lié à la défense dans le sens traditionnel du terme, mais chacun fragilisera néanmoins la sécurité du Canada si nous ne nous y attaquons pas. Si nous voulons que les Forces armées canadiennes puissent réellement nous protéger dans un avenir proche, nous devons nous adapter aux nouveaux défis du XXIe siècle.


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