Les parcs urbains, la voie à suivre

Le sénateur Victor Oh représente l’Ontario. Il est membre du Comité sénatorial de l’agriculture et des forêts, du Comité sénatorial des peuples autochtones et du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international.
Sénateur Victor Oh

Depuis la Révolution industrielle, les populations rurales ont été déplacées massivement vers les villes, où elles sont maintenant entassées. Nombreux sont ceux qui naissent, vivent et meurent dans ce nouvel environnement urbain.  Cela dit, les gens sont coupés de la nature et n’ont plus de lien avec celle-ci.  Afin de préserver cette relation, les Canadiens doivent protéger leurs parcs urbains.

 

Le Sénat discute d’un projet de loi sur le premier parc urbain national du Canada, le parc urbain national de la Rouge, situé au cœur de la région du Grand Toronto. Il s’étend des rives du lac Ontario, au sud, jusqu’aux collines de la moraine d’Oak Ridges, au nord. Malgré la noble intention du projet de loi, qui accorde au parc de la Rouge le même niveau de protection écologique qu’aux autres parcs nationaux, il ne reconnaît pas l’équilibre important que nécessite la gestion d’un parc urbain sillonné d’autoroutes, de pipelines et de corridors hydroélectriques, et parsemé de terres agricoles.

 

Le parc abrite plus de 1700 espèces de plantes et d’animaux, dont 27 sont en danger. On y trouve plus de 225 espèces d’oiseaux, dont le Petit-duc maculé, le Héron bleu, la Buse à épaulettes, le Cygne trompette et le Cardinal rouge, 55 espèces de poissons et 19 espèces d’amphibiens, y compris la Tortue serpentine. Ce parc fait aussi partie de la rare zone biologique carolinienne, qui couvre moins de 1 % de la masse terrestre du pays, mais qui abrite plus d’espèces que n’importe quelle autre zone biologique du Canada.

 

C’est également dans le parc urbain national de la Rouge que l’on trouve le seul terrain de camping de Toronto, l’un des plus grands marécages de la région, d’extraordinaires sentiers de randonnée et quelques-unes des dernières fermes agricoles actives du Grand Toronto.  Fait étonnant, la création du parc de la Rouge n’est pas seulement une affaire de conservation de la nature, c’est aussi une question d’agriculture.  En effet, moins de 1 % de la superficie du Canada est occupé par des terres agricoles. De ces terres, moins de 1 % sont désignées de classe 1, soit la plus fertile ou sans restriction des récoltes.

 

Le parc de la Rouge compte donc une trentaine de kilomètres carrés (soit 7500 acres) de terres agricoles de classe 1.  D’après la Ontario Farmland Trust, les terres agricoles de première catégorie sont gravement menacées au Canada et plus particulièrement dans la région du Grand Toronto.  Entre 1976 et 2011, 2,8 millions d’acres de terres agricoles, soit près de 20 %, ont cessé d’être exploitées pour la production en Ontario.

 

Il est donc essentiel pour nous de prendre des mesures immédiates non seulement afin de protéger nos précieuses forêts mais aussi nos terres agricoles qui sont en disparition. Restreindre les droits des agriculteurs restants ou refuser de combattre un incendie de forêt à proximité de leurs terres et d’une grande ville en guise de tactiques de conservation est tout simplement irréaliste et pourrait même causer de graves dommages.

 

Le parc de la Rouge est un endroit où au fil des millénaires, les interactions entre les gens et la nature ont modelé l’environnement actuel. Il s’agit d’une zone qui présente un caractère distinct et une valeur considérable sur les plans écologiques, biologiques, culturels et agricoles. Il est vital de préserver l’intégrité de ces interactions afin d’assurer la protection et la survie de cette zone.  Les traces d’occupation et d’activité depuis des générations témoignent de l’histoire sociale de la région.  La faune, la géologie, les processus naturels et l’influence humaine ont créé les conditions particulières qui ont façonné ces paysages et le patrimoine aussi riche que diversifié qu’ils renferment.   Le parc national urbain de la Rouge rend hommage à notre identité canadienne – à notre milieu naturel, notre histoire, nos racines, nos cultures et notre caractère collectif.

 

J’encourage les politiciens, les communautés locales, les urbanistes et les autres intervenants à collaborer davantage en vue d’assurer la protection continue des zones naturelles, et ce, dans l’intérêt de tous.  En ce 150e anniversaire du Canada, tâchons de nous souvenir que notre pays ne se résume pas à l’histoire dans les manuels.  D’abord et avant tout, le Canada est notre foyer et nous devons le défendre.


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