L’urgence d’innover dans les musées: le patrimoine francophone du Canada à risque?

Élément du musée virtuel de la Nouvelle-France. Cadran solaire et boussole de poche, vers 1750. Crédit photo : Musée canadien de l’histoire
Karine Charlebois (Francopresse)

Les musées canadiens font face à tout un défi depuis les dernières années. Ils doivent tenter de s’adapter à un monde saturé de nouvelles avancées technologiques. Les dirigeants des institutions du patrimoine canadien doivent tenter d’acquérir des stratégies inusitées afin d’attirer le regard d’une nouvelle génération constamment branchée sur internet.

On n’a qu’à penser à la fameuse maison des sœurs Dionne de North Bay, autrefois courue, qui a récemment risqué la fermeture et le démembrement de sa collection au profit de divers musées et universités. Cette petite maison occupait beaucoup de place dans le cœur de la communauté franco-ontarienne.

Les francophones en milieu minoritaire questionnent : la promotion du patrimoine francophone canadien est-elle en péril?

La réponse est simple, selon l’Association des musées canadiens (AMC). Le patrimoine est seulement en danger si les musées ne renouvellent pas leur approche et ne développent pas d’outils technologiques. Selon le plan stratégique 2015-2018 de l’AMC, « les compétences nécessaires pour travailler dans le secteur muséal évolueront pour englober une vaste gamme de nouvelles technologies. »

Par exemple, le Musée canadien de l’histoire fait revivre l’époque de la Nouvelle-France à ses visiteurs. Cette exposition n’est cependant pas in situ, mais bien en ligne. Le Musée virtuel de la Nouvelle-France transporte aux débuts de l’Amérique française, avec l’appui de lignes chronologiques, de cartes, d’illustrations et de photographies.

Les dirigeants du Musée de Saint-Boniface (MSBM) utilisent une méthode similaire. Il est selon eux nécessaire de faire évoluer leurs installations sans nécessairement transporter tout leur contenu sur internet. « Un musée patrimonial se doit de préserver et de présenter les objets du patrimoine tangible, explique la directrice du MSBM Vania Gagnon. Il y a une valeur intrinsèque dans le fait même d’être parmi ces objets. Il faut simplement diversifier ou multiplier les options d’accès à ces objets. L’accès en personne, mais aussi l’accès virtuel ».

 

Visiteur du musée de Saint-Boniface. Crédit photo : Tourisme Riel

Pour ce faire, les musées canadiens ont besoin de soutien financier. La réponse du gouvernement canadien a cette demande a pris la forme d’une augmentation des investissements pour le programme de Jeunesse Canada au travail (JCT), qui financera plus de 1600 emplois dans le secteur du patrimoine au cours des trois prochaines années.

La directrice du MSBM explique que son musée est présentement « dans une ère d’austérité ce qui, malheureusement, ne laisse pas de place pour l’innovation ou le risque. » Cependant, l’embauche de jeunes travailleurs ne suffira pas à protéger l’ensemble des musées francophones en milieu minoritaire. Le manque de fonds affecte grandement le développement et la promotion du patrimoine francophone.