Élections françaises : Malgré les soutiens, Macron doit rassembler

Pierre Touzel, l’un des organisateurs du scrutin. Crédit : Consulat de France à Vancouver
Lucas Pilleri (Francopresse)

Dimanche 7 mai, Emmanuel Macron est devenu le 8e président de la Ve République française, élu avec plus de 66 % des voix. La mobilisation des Français au Canada a été particulièrement forte cette année.

Hélène Creusot, Française installée à Vancouver depuis neuf ans et responsable à l’Alliance française, en témoigne : « Il y a cinq ans, il n’y avait personne pour voter au consulat. Cette année, il y avait deux à trois heures d’attente », indique-t-elle. Cette forte affluence était aussi observée dans l’Est, notamment à Montréal qui compte plus de 57 000 inscrits et où l’attente était interminable.

De nombreux alliés au Canada

Les ressortissants français ont choisi Emmanuel Macron à plus de 89 % lors de ce second tour. Du côté des politiques canadiens, Claudette Tardif, sénatrice de l’Alberta et vice-présidente de l’Association interparlementaire Canada-France, se réjouit : « les valeurs que M. Macron a fait valoir s’alignent avec celles du Canada : il est pro-mondialisation, en faveur des échanges commerciaux et de l’Accord économique et commercial global (AECG), pro-Europe, pro-immigration et prodiversité ».

 

Près de 6 000 Français étaient inscrits sur les listes de Vancouver. Crédit : Consulat de France à Vancouver

La collaboration de M. Macron avec son homologue Justin Trudeau s’annonce ainsi de très bon augure. Le premier ministre l’a d’ailleurs félicité tout en rappelant que « le Canada et la France entretiennent une relation chaleureuse et de longue date, basée sur une histoire commune, des profonds liens culturels et interpersonnels, ainsi qu’un partenariat économique fort ». Les deux pays devront notamment coopérer sur la lutte contre le terrorisme, le rôle de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), et la ratification de l’AECG sous fond de crise européenne et de Brexit.

Macron saura-t-il rassembler les déçus?

« L’Europe et le monde attendent qu’à nouveau la France les étonne. C’est ce que nous ferons », a promis Emmanuel Macron dimanche soir à Paris.

La tâche sera ardue avec une « France très divisée et un éclatement du paysage politique », comme le constate Aurélie Lacassagne, professeure en science politique à l’Université Laurentienne en Ontario. Selon la politologue, elle-même Française, une majorité de Français a voté pour Emmanuel Macron par rejet de l’extrême-droite et non par adhésion.

Les résultats sont d’autant plus mitigés que le Front National a pour la première fois rassemblé plus de 10 millions de voix au second tour. En outre, le taux d’abstention a atteint 25 %, un niveau record depuis 1969, et plus de 4 millions de bulletins étaient nuls ou blancs.

Pierre Touzel, conseiller consulaire à Vancouver, note par ailleurs que Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France Insoumise, est souvent arrivé en deuxième position lors du premier tour : « Il y a eu beaucoup de votes contestataires, contre un système ultracapitaliste et ultralibéral dont beaucoup sont témoins ici en Amérique du Nord. Ils ne souhaitent pas forcément la même chose pour la France », remarque-t-il.

Le prochain combat d’Emmanuel Macron sera celui des élections législatives les 11 et 18 juin, un scrutin décisif dans la constitution de sa majorité parlementaire. C’est aussi à ce moment que les ressortissants français d’Amérique du Nord choisiront leur député.

Circonscription consulaire Nombre d’électeurs inscrits % participation au 2e tour % Macron au 2e tour % Le Pen au 2e tour
Moncton 1 069 30,22 % 83,28 % 16,72 %
Montréal 57 922 42,70 % 90,55 % 9,45 %
Québec 9 611 44,93 % 80,38 % 19,62 %
Toronto 8 624 47,68 % 91,74 % 8,26 %
Vancouver 5 851 44,49 % 89,20 % 10,80 %
Canada 83 077 43,44 % 89,34 % 10,66 %