Ralliement national des Métis « Nous sommes un gouvernement, pas une organisation »

La vice-présidente de la Nation métisse de l’Ontario, France Picotte, se passionne pour la politique et le patrimoine. Son passe-temps consiste à faire des ceintures fléchées à la main. (Photo : NMO)
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

Un accord signé avec Ottawa en avril reconnait la Nation métisse et son statut autochtone, assorti d’une autonomie incluant l’administration de programmes et services. Fondé en 1983, le Ralliement national des Métis est représenté dans cinq provinces, mais ne s’étend pas à l’est de l’Ontario.

Le mouvement vise environ 400 000 personnes d’ascendance mixte (aborigène et européenne) originaires du berceau de la Nation, les Plaines de l’Ouest, où s’est formé au 19e siècle « un nouveau peuple ». Ces Métis se distinguent des communautés métisses de l’Est qui « ont généralement été absorbées par les colons et les populations autochtones[1] ».

Éparpillée dans 29 régions, la Nation métisse de l’Ontario (NMO) compte quelque 20 000 membres dont 75 % seraient bilingues. Ces francophones ont des défis propres aux Métis, estime la vice-présidente France Picotte, de Timmins, constatant une baisse d’environ 20 % des parlants français depuis 2012.

« À l’école, nos enfants se faisaient dire qu’ils ne parlaient pas bien. C’était plus acceptable d’aller à l’école anglaise avec un accent français que d’aller à l’école française avec un accent anglais. On a perdu toute une génération. »

La militante depuis 35 ans s’est donné comme mandat d’appuyer les enfants pour « qu’ils jouissent de qui ils sont en toute sécurité et soient bien dans leur peau. »

Depuis la signature de l’accord, la NMO consulte ses membres sur les priorités. « On est comme les Autochtones et les Inuit, note France Picotte, on veut être traité équitablement. » L’éducation, la santé et le logement sont prioritaires, ainsi que les droits de chasse et de cueillette sur les terres fédérales.

Le Ralliement national compte un regroupement de femmes et une nation dans chacune des provinces de l’Ouest. La Manitoba Metis Federation (MMF), qui réunit 22 000 membres, a remporté en 2013 une victoire historique en Cour suprême sur les promesses de terres faites en 1870.

Le premier ministre Justin Trudeau et le président du Ralliement national métis, Clément Chartier, prenaient part en avril au Sommet entre la Nation métisse et la Couronne. (Photo : Bureau du PM du Canada)

La MMF se présente comme un État avec une structure ministérielle dans une vingtaine de secteurs, incluant la culture, la justice et le développement économique. Elle incarne l’affirmation du Ralliement national selon lequel « nous sommes un gouvernement, pas une organisation. »

En 2016, la MMF a signé sa propre entente-cadre avec Ottawa pour remédier aux négligences fédérales. Il est question de financer des programmes qui incluraient des services en français.

Ces services pourraient être offerts par l’Union nationale métisse de Saint-Joseph, la doyenne des regroupements métis au pays. L’Union recevra une subvention fédérale de 38 000 $ pour organiser un Grand Rassemblement marquant son 130e anniversaire dans le cadre du 150e du Canada.

« La MMF s’est montrée ouverte à la question de services en français, a déclaré la présidente Paulette Duguay à La Liberté. C’est donc très encourageant de pouvoir en discuter. En tant que représentants des Métis canadiens-français, on a certainement un rôle à jouer dans l’offre de ces services. »

Le Ralliement national n’a pas de porte-parole francophone et n’a pas l’intention d’étendre son réseau à l’Est canadien.

 

 

[1] Ralliement national des Métis, Émergence et évolution de la Nation métisse, 2016, document de format PDF disponible auprès du RNM.