L’hymne national des Franco-Ontariens

Gilles LeVasseur

L’Assemblée législative de l’Ontario a adopté une motion afin de reconnaître la chanson de Paul Demers et François Dubé intitulé « Notre Place » comme l’hymne national des Franco-Ontariens. Cette chanson, composée en 1989 pour fêter l’entrée en vigueur de la Loi sur les services en français, est un rappel aux francophones de prendre leur place au sein de la société ontarienne et canadienne.

Si on veut vraiment que la chanson « Notre Place » soit effectivement l’hymne national des Franco-Ontariens, il est nécessaire de procéder à la prochaine étape qui est celle de l’adoption d’une loi à Queen’s Park de cet hymne au même titre que l’hymne national du Canada. Les mots de l’hymne sont ainsi protégés juridiquement et sont rattachés au groupe francophone de l’Ontario.

La question épineuse de la consécration législative est de savoir si cette chanson doit être traduite en langue anglaise. Pour plusieurs, il s’agit de se faire comprendre par le groupe majoritaire dans leur langue afin qu’il puisse saisir le combat franco-ontarien et la volonté de ces derniers de lutter pour leur égalité avec les autres Ontariens. D’autres invoqueront le fait que si cette chanson est un symbole officiel identitaire, et qu’il ne faut pas la traduire, car on perdrait toute la beauté et la logique de la chanson en langue française. Il ne faut pas avoir peur de traduire cet hymne national en langue anglaise par les Franco-Ontariens afin d’éviter que la signification de la version anglaise soit totalement différente de la version française. Ceci est l’ironie de l’hymne national du Canada où la version anglaise est un appel patriotique à la nation canadienne tandis que la version française et une chanson à caractère religieux de la survivance de la société canadienne-française. Un seul pays et deux interprétations linguistiques du même hymne national. Il faut éviter ceci en Ontario.

L’adoption de lois identitaires en Ontario a été réalisée pour la journée des Franco-Ontariens, le 25 septembre de chaque année et pour le drapeau franco-ontarien. Cette même démarche est essentielle pour l’hymne national franco-ontarien. Cette reconnaissance législative est un pas essentiel dans la création formelle des symboles identitaires franco-ontariens.   Ces derniers obtiennent ainsi par cette mesure législative une consécration formelle de leur présence et existence en Ontario. Mais aussi, il s’agit d’une étape de plus vers cette égalité de droits avec le groupe majoritaire.

L’ensemble de ces reconnaissances formelles devient un corpus de lois permettant aux francophones de préparer par étapisme à l’enchâssement de leurs droits constitutionnels.    En luttant pour cette reconnaissance formelle, il devient tout naturel que cet enchâssement soit de mise lorsque le temps sera propice.

La chanson « Notre beau drapeau » est aussi une chanson culte et identitaire pour les Franco-Ontariens. Cette chanson décrit beaucoup plus l’identité francophone et l’enracinement aux devenirs collectifs des Franco-ontariens. Il ne faut pas mettre de côté cette chanson, car elle représente aussi un attachement au drapeau franco-ontarien, à notre histoire et notre volonté de s’afficher comme francophone de l’Ontario. La chanson est chantée par les jeunes à travers l’Ontario dans plusieurs manifestations franco-ontariennes et ceci doit continuer.

Afin d’intégrer cette dernière chanson dans le patrimoine officiel franco-ontarien, il est de mise de modifier la loi sur la journée franco-ontarienne afin que « Notre beau drapeau » soit reconnu comme hymne national du drapeau franco-ontarien, symbole le plus puissant de l’identité franco-ontarienne. La chanson « Notre Place » est la chanson des combats et de la volonté des Franco-Ontariens de se prendre en main et de s’affirmer comme collectivité.

D’aucuns y verront une lourdeur voir une complexité dans les symboles franco-ontariens, mais après 400 ans d’existence en Ontario, ces derniers peuvent se permettre deux chansons officielles pour leur réalité identitaire. Une pour le combat et l’autre pour leur identité et leur devenir collectif.


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