La privatisation des aéroports canadiens, une mauvaise idée

Dennis Dawson est un sénateur qui représente Lauzon, au Québec. Il est président du Comité sénatorial des transports et des communications et membre du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international.
Sénateur Dennis Dawson

Il n’existe absolument aucune preuve que la modification du modèle de gouvernance des aéroports canadiens comporte des avantages pour les Canadiens.

Le problème de la privatisation est clair : elle favorise le profit au détriment du service.

Le gouvernement devrait évaluer avec soin toutes les options qui s’offrent à lui avant de détruire complètement un modèle qui répond bien aux besoins du Canada et des Canadiens.

Le modèle actuel fonctionne parce qu’il fournit le cadre de responsabilisation nécessaire pour s’assurer que le gouvernement et les aéroports concentrent leurs investissements dans l’entretien et l’amélioration des infrastructures aéroportuaires. La gestion des aéroports est confiée à des organisations sans but lucratif dont le rôle est de gérer, d’exploiter et de développer les services aéroportuaires conformément à des ententes à long terme.

Par contre, la privatisation des aéroports signifie que les sociétés actuelles seront remplacées par des sociétés à but lucratif qui auront pour mandat de générer des profits pour leurs actionnaires, plutôt que d’utiliser ces ressources pour développer des infrastructures aéroportuaires et financer les coûts de fonctionnement. Ainsi, le gouvernement canadien ne sera plus responsable des problèmes rencontrés par les autorités aéroportuaires ou des dettes contractées par ces dernières, ce qui, en fin de compte, se traduira par une détérioration des services offerts aux voyageurs.

Bon nombre de ces décisions ou de ces orientations sont motivées par l’appât du gain du ministère des Finances et de ses ministres, qui sont prêts à tout pour aider le gouvernement à générer des hausses des revenus à court terme, à équilibrer les budgets ou à réduire les déficits.

La situation est telle qu’un ministère comme Transports Canada, qui contrôlait une multitude de grandes entités comme les aéroports, le CN et Air Canada, a graduellement observé un rétrécissement de son champ d’intervention et de son influence, et ce, afin de satisfaire la volonté du ministère des Finances et de ses ministres. Ainsi, le ministère des Transports, une puissance au cabinet depuis la création du ministère dans les années 1930, a graduellement été relégué au second plan.

Si ce scénario s’appliquait aux aéroports canadiens, l’expérience de voyage serait largement menacée. Plutôt que de privatiser les aéroports, le gouvernement fédéral devrait utiliser son influence pour réunir divers intervenants concernés et leur demander de discuter de possibles systèmes qui permettraient de résoudre les problèmes d’efficacité du système canadien de transport aérien.

En 2012, les aéroports généraient plus de 45 milliards de dollars par année et leur fonctionnement procurait plus de 200 000 emplois. Le Comité sénatorial des transports et des communications a déposé un rapport intitulé L’avenir des déplacements aériens au Canada : Poste de péage ou bougie d’allumage?, Rapport sur la croissance future et la compétitivité internationale des aéroports du Canada qui soutenait qu’au Canada, les déplacements aériens sont essentiels pour le tourisme et les affaires, ainsi que pour relier les communautés, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Si le gouvernement commence à utiliser les ressources des aéroports pour financer le ministère des Finances, la privatisation éliminera tous les avantages qu’apportent les aéroports à l’économie canadienne.

Il n’existe absolument aucune preuve que la modification du modèle de gouvernance des aéroports canadiens comporte des avantages pour les Canadiens. Cela dit, la privatisation des aéroports canadiens est une mauvaise idée. Espérons que le gouvernement tiendra compte des intérêts des voyageurs canadiens avant de s’aventurer sur le chemin de la privatisation, qui sera sans aucun doute parsemé de turbulences.


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