3e Sommet sur l’éducation de langue française: l’innovation locale pour combler les lacunes du système

Le Comité tripartite en rencontre de réflexion en 2016, avec son président ontarien, Denis Vaillancourt, debout. (Photo : FNCSF)
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

Les organismes nationaux en éducation française ont choisi de mettre leurs partenaires en évidence lors du 3e Sommet sur l’éducation du 4 au 7 mai. Dans un rare étalage de la capacité d’innover, des intervenants expliqueront aux quelque 300 participants comment ils comblent les vides au sein du système.

L’évènement vise à moderniser la stratégie à long terme pour compléter le système d’éducation française lancée lors de la première édition de 2005. À l’origine, le régime comprenait le primaire et le secondaire. Depuis l’ajout de la petite enfance au Sommet de 2012, l’intégration du postsecondaire s’est imposée dans le nouveau Plan stratégique de l’éducation en langue française.

« Le plan est ambitieux », note Roger Paul, le directeur général de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones, qui coordonne l’évènement. « On n’a pas de difficulté à expliquer nos priorités. Mais quand on sort de l’école et qu’on va dans la communauté, c’est plus difficile. C’est un sommet sur l’appropriation. »

L’organisme chapeaute un comité tripartite intégrant des organismes communautaires ainsi que les ministères de l’Éducation et Patrimoine canadien. Son plan se fonde sur trois grandes priorités : pédagogie/apprentissages, construction identitaire et diversité culturelle. La nouvelle mouture ajoute le principe du continuum éducatif « du berceau à la berçante », explique Roger Paul.

« Si on s’occupe des deux extrémités, ça nous donne une tout autre façon de regarder le continuum, en partant des jeunes enfants jusqu’à l’offre postsecondaire. On ne doit pas négliger ceux qui veulent poursuivre leur éducation en français. Autrement, nos parents et nos élèves vont nous abandonner. »

Le Sommet permettra de voir comment une cinquantaine de milieux négocient les transitions du système.

Par exemple, la Fédération des parents francophones de l’Alberta intervient au point d’entrée. « On est là où les conseils scolaires ne sont pas encore, entre la naissance et quatre ans », indique la directrice générale Mireille Péloquin, qui animera une discussion sur l’appui parental. « On sensibilise les parents dès que possible pour faciliter l’entrée des enfants à l’école. On intervient dans le domaine de la santé familiale, avec des foires de dépistage. C’est très important de nos jours. Notre travail est d’aller chercher les ressources et de les offrir en français. »

La Fédération a obtenu des fonds provinciaux et fédéraux pour mener des projets pilotes à l’extérieur d’Edmonton et de Calgary, où elle coordonne deux centres d’appui aux parents. Au Sommet, Mireille Péloquin tentera de « savoir ce qui se fait ailleurs et comment rejoindre les régions éloignées. On a des défis de distance à couvrir et peu de population. »

Pour sa part, le Collège de l’Ile (IPÉ) renforce la transition au postsecondaire en offrant une formation précollégiale axée sur l’emploi. Le programme Alpha 1, 2, 3 accueille depuis janvier une immigrante sans diplôme en vue d’un poste disponible en petite enfance francophone, mais difficile à combler.

Le Collège a évalué les capacités de la candidate et lui a proposé une formation appropriée. « Nous avons créé un pont entre ses capacités et les exigences des cours collégiaux, explique la coordonnatrice du développement des compétences, Alice Bérubé. Notre population immigrante est surtout africaine et certaines réfugiées arrivent parfois sans papiers et sans scolarité.

« C’est la population la plus difficile à rejoindre parce qu’elle ne comprend pas nécessairement les informations sur nos posters. Cette candidate voulait beaucoup retourner à l’école. Elle est maintenant devenue une courroie de communication avec d’autres membres de sa communauté. »

Alice Bérubé fait le lien avec le thème du Sommet, « Agir ensemble ». Il faut tout un village pour éduquer un adulte, soutient-elle, précisant que le programme canalise les efforts de cinq organismes provinciaux, plusieurs bénévoles et entreprises.

Le Sommet se tiendra simultanément dans trois villes, soit à Moncton, à Ottawa et à Edmonton, permettant aux participants de se joindre virtuellement, pour augmenter la participation et réduire les coûts de déplacement.