Agressions sexuelles: des campus francophones affrontent la culture de l’impunité

Les Services aux étudiants sont responsables de l’accueil des plaintes à l’Université Sainte-Anne. L’équipe comprend (de g. à d.) Janice Thimot-LeBlanc (conseillère), Moussa Sangaré-Ponce (coordonnateur socioculturel), Amadou Wade (assistant aux résidences), Karine Dandonneau (directrice des résidences), Sébastien Dol (directeur), Yvette LeBlanc (coordonnatrice). Pierre Norbert (directeur des sports) est absent de la photo. (Photo : USA)
Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

 

Une enquête a révélé en janvier que 37 % des quelque 9 284 répondants au sein d’universités québécoises ont subi une forme de violence sexuelle et que 90 % des victimes n’ont pas porté plainte. Milieux de choix pour les agressions, les établissements postsecondaires se dotent de nouvelles mesures pour tenter d’éliminer le fléau. En milieu minoritaire aussi.

L’Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse, serait parmi les premières, dès février, à mettre à jour sa politique. L’énoncé de 13 pages encadre les stratégies pour tenter d’enrayer le harcèlement, la violence sexuelle et le sexisme. Il comprend un glossaire définissant les actes de violence, le consentement et les mythes liés aux stéréotypes[1].

La politique détaille également la procédure d’intervention de l’Université, les droits des victimes et le rapport d’incidents. Elle identifie le directeur et la conseillère des Services aux étudiants comme responsables de l’accueil confidentiel des plaintes. Mais aucune donnée n’est encore disponible.

« C’est quelque chose que nous allons bientôt commencer à faire, explique la directrice des communications, Rachelle LeBlanc, vu que la politique est maintenant en place. »

À l’Université de Saint-Boniface, la politique sur le harcèlement élaborée en 2004 a été renouvelée en 2013. Selon le responsable des Services aux étudiants, Christian Perron, elle sera remplacée dès l’automne par un énoncé conforme aux termes d’une loi manitobaine de 2016 « sur la sensibilisation et la prévention en matière de violence à caractère sexuel ».

Selon l’Université, deux plaintes ont été « traitées et réglées » en 2015-2016 et depuis, aucune n’a fait surface. Une campagne de promotion de la politique a lieu annuellement, ajoute le responsable. « Nous avons confiance que les étudiants connaissent la procédure à suivre pour déposer une plainte. »

Le président de l’Association étudiante de l’USB, Jacques de Moissac, reconnaît la difficulté d’obtenir des données sur les agressions. Mais il est rassuré par l’approche de l’institution : « L’Université est vraiment proactive et on est inclus dans le processus de révision de la politique. »

L’AEUSB possède ses propres procédures. « On a remarqué que les étudiants venaient plus facilement se plaindre à l’Association. Si quelqu’un nous approchait avec une dénonciation d’agression sexuelle, on travaillerait ensemble avec l’Université. »

Les recherches ont démontré que les statistiques sur les dénonciations ne sont pas un indicateur fiable du phénomène. À l’Université de Moncton, trois cas ont été rapportés aux autorités depuis 2004. Mais l’approche a changé cette année, à la suite d’incidents de cyberintimidation.

« On n’a pas été impressionné par la réponse de l’Université à la crise, déclare le président de la Fédération des étudiantes et des étudiants du Campus universitaire de Moncton, Tristian Gaudet. Il faut reconnaître que ce qui est arrivé est difficile pour tout le monde. »

L’Université serait en voie d’élaborer une nouvelle politique, attendue à l’automne. Entre-temps, la Fédération prépare une campagne de sensibilisation sur l’enjeu du consentement. « C’est une priorité. On a un grand problème et on veut que des actions soient prises. »

Également préoccupée par la question du consentement, la Fédération canadienne des étudiantes et des étudiants organise une campagne annuelle intitulée « Non c’est non ». L’organisme représentant quelque 80 groupes a adopté en 2015 une stratégie nationale sur l’agression sexuelle.

Selon la vice-présidente Anne-Marie Roy, de Welland (ON), la Fédération exige que les collèges et universités adoptent une stratégie élargie d’éducation sur le consentement, des politiques plus claires en matière de plaintes et davantage de soutien pour les victimes sur les campus.

 

[1] Voir l’énoncé sur la violence sexuelle à l’adresse suivante : https://www.usainteanne.ca/politiques.