L’école française pour de plus beaux lendemains

Réjean Paulin (Francopresse)

Dans un café-bistro à Kemptville, petite ville proprette aux pierres grises et briques roses à une cinquantaine de kilomètres au sud d’Ottawa. On nous propose quelques journaux : « Clouds forming over PM » titre le Ottawa Sun tandis que le North Grenville Times parle des « Superschools » que convoite le Upper Canada District School Board (UCDSB).

Hé oui ! On est dans le Haut-Canada. Pas une page en français pour raconter la vie de notre monde.

Comment ne pas évoquer ce triste chapitre de notre histoire qu’est le rapport Durham, époque de restants de guerre où l’on cherchait à faire taire out ce qui ne sonnait pas anglo-saxon ?

Je tends l’oreille… Pas un souffle français dans la salle… Au menu toutefois, Blackened chicken on baguette avec Crème brulée pour dessert. Réflexion faite… On va peut-être les avoir par le ventre. Bon ! Je m’arrête ici. Mon intention n’est pas de vous entretenir des charmes gastronomiques de la cuisine française, mais de profiter ce mois de la Francophonie vous parler des écoles.

Je suis ici pour en visiter une ; encore toute jeune et toute petite, mais grande par son œuvre. Elle a ouvert ses portes en septembre dernier. Rivière-Rideau, c’est son nom. Elle compte 47  élèves en tout, de la petite enfance à la sixième année.

Elle ressemble à plusieurs autres, disséminées sur tout le territoire canadien, que l’on peut trouver de la Colombie-Britannique à Terre-Neuve.

Appelons-les les écoles de Mahé, puisqu’elles sont nées de cette cause historique que des parents franco-albertains avaient menée jusqu’en Cour Suprême dans les années 80.

Grâce à cette victoire, ce qui était impensable il n’y a pas si longtemps, vit et respire aujourd’hui. Mais quel défi quand on y pense !

Ici, aucun élève n’est à distance de marche. Certains font un parcours d’une heure en autobus, matin et soir, pour s’y rendre et rentrer à la maison. Difficile aussi d’avoir gymnases, bibliothèques et autres outils pédagogiques dans de si petits établissements. D’ailleurs, la Fédération nationale des conseils scolaires francophones le déplore en priant les gouvernements d’y mettre les sous nécessaires.

Défi et courage pour ces enseignants et pédagogues qui font de leur travail autant une mission qu’un gagne-pain.

« Je veux célébrer ici le drapeau franco-ontarien, le 25 septembre. On est ici pour rester » clame la directrice Josée Bédard. Québécoise d’origine qui a grandi à Ottawa, elle n’a pas un mot du discours misérabiliste d’une minoritaire bafouée. Son école a la sympathie du maire, qui est heureux de cette présence française dans sa ville. Elle ne cultive pas le complexe. Elle préfère développer et entretenir des rapports avec la communauté. « Les gens veulent apprendre le français », fait-elle observer.

Tout aussi étonnant… il y a une autre école française de petite taille à quelques pas de Rivière-Rideau puisque l’Ontario compte deux systèmes scolaires : le public et le catholique.

Le témoignage de Mme Bédard a de quoi rendre optimiste.

L’école française obtenue à grand prix contre un système qui ne voulait pas d’elle serait-elle en train d’apprivoiser le milieu ? Elle deviendrait ainsi davantage qu’un lieu d’enseignement. Elle ferait accepter la langue française dans l’univers anglophone.

S’il pouvait en être ainsi partout au Canada, les luttes auxquelles on s’est habitués se transformeraient en une œuvre commune aux deux peuples fondateurs, où s’effaceraient rancune et méfiance… Le rêve n’est pas interdit, puisqu’il permet d’avancer même s’il ne se réalise jamais tout à fait.

Cela dit, une présence française affirmée peut être autre chose que source de conflit. Ceux et celles qui ont connu Moncton dans les années 60 et 70 savent que le climat y a changé pour le mieux.

Somme toute, cette petite visite dans le Haut-Canada me l’a rendu un peu plus accueillant. Il pourrait être possible d’effacer ici comme ailleurs au pays, les relents d’une histoire pas toujours drôle… Comme dans la chanson Grand-Pré… « Si notre histoire est triste… Soyons des artistes, écrivons-en une autre. »

Ces écoles pionnières en leur milieu peuvent contribuer aux prochains chapitres.


De souche acadienne, Réjean Paulin a parcouru la francophonie tout au long de sa carrière de journaliste. Il a aussi vécu en France, au Québec et dans l’Ouest canadien avant de s’établir à Ottawa où il est professeur en journalisme au collège La Cité.

 

* Note: dans une version précédente, une coquille s’est insérée. L’école Rivière-Rideau ne compte pas 4 élèves, mais bien 47. Nos excuses.