Michel Prévost : un allumeur de consciences enfouies

Michel Prévost, archiviste en chef de l’Université d’Ottawa, Photo : UO, Robert Lacombe
André Magny (Francopresse)

Michel Prévost n’a rien du cliché de l’archiviste un brin poussiéreux, croulant sous l’amoncellement d’artéfacts réduits à la noirceur de l’oubli. Des deux côtés de la rivière des Outaouais, les francophones ont le privilège de pouvoir compter sur un homme pour qui le patrimoine est un trésor à partager.
L’archiviste en chef de l’Université d’Ottawa (UO) a passé son enfance dans l’Est ontarien, plus particulièrement à Alfred, Treadwell et Curran. L’histoire du peuple franco-ontarien s’est présentée à lui sous les traits de son grand-père maternel William Drouin. Fier de ses origines, il lui racontait notamment les exploits de Jos Montferrand.
Après des études de maîtrise en histoire, on le retrouve notamment président de l’Association des archivistes du Québec et de la Société d’histoire de l’Outaouais – poste qu’il occupe depuis 1997 –, en plus d’être le vice-président du Comité de l’ancienne prison de L’Orignal.
Certains s’étonnent encore de le voir exercer sa passion d’historien des deux côtés de l’Outaouais. « C’est la même histoire, le même patrimoine », rétorque Michel Prévost. Il rappelle pour exemple que lorsque le diocèse de Bytown a été créé en 1847 avec à sa tête Mgr Joseph-Eugène-Bruno Guigues, il englobait aussi une partie de l’Outaouais dans le territoire de Hull.

Sortir des sentiers battus

Comment passer sa passion et intéresser la nouvelle génération au patrimoine ?
S’il admet que les jeunes se mobilisent souvent pour des passions autres que l’histoire, il cite néanmoins ce jeune de l’Université d’Ottawa, moitié Québécois, moitié Mexicain, qui fait sa thèse de maîtrise sur… Orléans ! Ou cette autre jeune fille, qui, à la suite d’une conférence de Michel Prévost au Cégep de l’Outaouais, décide de suivre le chemin de l’histoire et de réaliser sa maîtrise sur les Allumettières.
« Trop longtemps, l’histoire a été une question de dates », souligne Michel Prévost. C’est sans doute pour ça que celui qui fréquente beaucoup les médias s’ingénie à aller chercher les jeunes en leur parlant de la condition des femmes, des ouvriers, ou en rappelant à l’occasion des portes ouvertes des archives de l’UO, qui viennent tout juste d’avoir lieu, tout le chemin parcouru par les Franco-Ontariennes dans le domaine universitaire. Il n’hésite pas à faire visiter des cimetières ou des mines pour rappeler tant la vie des gens qui ont trimé dur que la petite histoire de ces politiciens pas toujours honnêtes !

Préserver le patrimoine religieux
Michel Prévost donne régulièrement des visites guidées dans les cimetières historiques. Photo : Jacques Decarie

Alors qu’on parle de laïcisation, Au moment où l’histoire du retrait du crucifix de l’Hôpital St-Sacrement à Québec défraie les manchettes, celui qui a reçu fièrement en 2015 un doctorat honorifique de l’Université Saint-Paul déplore ce geste. « Ce n’est pas pour souligner une domination d’une religion sur une autre » qu’on doit garder un tel signe, mais pour se rappeler qu’une communauté de femmes a réussi à fonder un tel établissement.
Pour Michel Prévost, le patrimoine religieux est important. Il déplore d’ailleurs qu’il n’existe pas en Ontario comme au Québec un Conseil du patrimoine religieux. Celui qui se spécialise notamment dans les croix de chemin rappelle « qu’elles sont propres aux francophones. Il y en a partout en Ontario et au Québec, ainsi que quelques-unes en Acadie et au Manitoba. Même chez les Irlandais catholiques, il n’y en a pas. »
La retraite bientôt pour Michel Prévost ? Il n’ose même plus donner de dates ! Pour l’heure, il est trop heureux de s’intéresser, à titre de membre du Comité du dévoilement du monument dédié à l’apport des Franco-Ontariens, à faire la promotion de ce legs de 900 000 $ de la part du gouvernement ontarien pour souligner le passé et l’avenir des Franco-Ontariens. Le monument se dressera en 2018 bien en vue devant le parlement ontarien. « Pas en arrière, parmi les buissons », rappelle en guise de conclusion cet amoureux fou de l’histoire francophone en Ontario et sur les rives de l’Outaouais.