Cédric Vieno — Autopsie d’un peureux

Jean-Étienne Sheehy/APCM (Francopresse)

 

Pour son troisième album, Cédric Vieno a réservé sa collection de chansons la plus ambitieuse. Cette Autopsie d’un peureux en dix chansons marque un virage habile, quoiqu’un brin inégal pour l’auteur-compositeur originaire du Nouveau-Brunswick.

D’abord, celui-ci infuse une bonne dose de guitares saturées et d’intentions rock dans sa démarche. Lorsqu’on demeure dans les plates-bandes de son instinct folk, cet ajout se fait avec aisance et naturel. À preuve, le refrain planant de Chandail de loup ne dénature en rien le titre, tout en ouvrant de magnifiques aires de jeu à Vieno. Toutefois, cela doit s’inscrire à l’intérieur d’une sensibilité mélodique à la portée restreinte. Si la livraison au caractère plus blues et psychédélique des Shack à boire et autres Moi j’dors ne possède pas de failles, ces deux titres détonnent de la ligne directrice assez pour engourdir l’écoute. Le titre final Vends-moi n’arrive pas à accrocher, mais plutôt à étourdir.

Pourtant, lorsqu’il met son passé dans le rétroviseur, Vieno débarque avec de solides chansons bien ficelées en guise de suite logique à sa discographie. À preuve, les deux demies de J’t’aime but I gotta go lui ouvrent de nouvelles portes soniques sans avoir à déroger à ses qualités musicales.

Ici, c’est à l’écrit que l’authenticité de Vieno ressort le mieux. Son écriture allie la logique des récits biographiques aux impulsions de la mélancolie avec précision, souvent appuyée par l’alcool comme fil conducteur ; la vodka de Chandail de loup, le rum de J’t’aime but I gotta go II ou les brosses onéreuses du Shack à boire. En arrivant à livrer des textes où l’on se perd dans la beauté des images tout en se laissant saisir par les dix vitrines du disque.

L’avenue empruntée sur Autopsie d’un peureux favorise l’éparpillement, mais solidifie également la vulnérabilité de Vieno. En plus d’être récompensé par la prise de risques, l’auteur-compositeur réitère sa place parmi les plumes les plus intéressantes et solides de la francophonie canadienne. La magie n’opère peut-être pas avec la même constance au niveau musical, mais pour ses bons coups, ce troisième album mérite une écoute attentive.