Un premier roman réussi d’Alain Boisvert

Paul-François Sylvestre (Francopresse)

Longtemps animateur à TFO, Alain Boisvert travaille aujourd’hui au Nouveau-Brunswick et habite à Shippagan. Il nous livre son premier roman, mépapasonlà, dont le sous-titre se lit comme suit : « Chroniques rurales d’une famille acadienne heureuse, très heureuse, et de ces tristes hasards qui viennent éprouver son bonheur ».

Cette famille est homoparentale; elle est composée d’un papa acadien (Ricky) et d’un papa franco-ontarien (Mathu), tous deux dans la trentaine. Leur fils Jacob est un Noir né en Jamaïque. Mathu est le narrateur de cette histoire mélodramatique aux accents légers.

La grand-mère de Jacob dit que Ricky et Mathu viennent d’amour et d’eau fraîche. Il n’en faut pas plus pour que Jacob appelle Ricky son «papa d’amour» et Mathu son «papa d’eau fraîche». Dès son entrée à l’école, il les représente dans un dessin et écrit «mépapasonlà». L’institutrice corrige en rouge «Mes papas sont là.» Elle mérite d’aller en enfer pour avoir écrit sur le dessin de Jacob.

Cette famille atypique et fort attachante vit près de Fredericton où Ricky est journaliste et Mathu, architecte. L’homoparentalité fait évidemment sourciller certains voisins qui contestent le droit à deux homosexuels d’élever un enfant. Mépapas se retrouvent en cour.

Le roman regorge de jeux de mots comme «une chemise de soie que j’aime au coton», le jardinier fait «son chemin de Compostage», un ado obtient son «permis de conduire et d’inconduite non permise», des ados qui brassent des affaires sont de «Pél-ados» ou encore «papas aussi généreux qu’une mer, aussi attentionnés que hors-père».

Comme l’action se déroule au Nouveau-Brunswick, l’accent acadien et le parler chiac sont évidemment aux rendez-vous. Voici une répliques à l’accent acadien: «Ché ben pas si je pardions patience, mais je pouvions te confirmer tu suite asteure que j’étions pas bandé en toute!» Et un exemple du parler chiac: «I’a un cop pis une madame à porte pis chu à motché naked

Parfois l’acadien et le chiac se croisent dans une même phrase: «Tu voulions même pas saouère à quel point chu encore pissé off.» On trouve des expressions comme «watchant la game», «ça garde busy» et « je mind pas».

On dit que la vérité sort souvent de la bouche des enfants, La réponse que ces derniers donnent aux questions des adultes a aussi de quoi surprendre. À 4 ou 5 ans, Jacob va avec un de ses deux papas pour choisir un sapin de Noël. Il affirme que les sapins ont une bouche «– Et qu’est-ce qui te fait dire ça? – Parce que s’ils n’en avaient pas, ils ne pourraient pas mâcher la gomme de sapin!»

Le roman ne manque pas de rebondissements juridique, psychologique et tragique. Les scènes en cour se passent heureusement devant une juge qui ne manque pas de jugeote. Se faire voler est une chose qui arrive, mais c’en est une autre que de se faire «usurper la dignité de notre famille».

Le roman d’Alain Pierre Boisvert illustre bien que «les enfants savent mieux que nous apaiser les peines les plus intraitables.» La raison derrière ce don réside sans doute dans le fait que «l’enfance regorge de solutions simples à des problèmes que la maturité tend à rendre trop compliqués».

 

Alain Pierre Boisvert, mépapasonlà, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2016, 224 pages, 21,95 $.